11.05.2008
Un été heureux
Alors voilà, je me rends compte que ça fait plus d'un mois que je ne t'ai pas "adressé la parole". Non pas que je sois fâchée contre toi. Enfin si... mais c'est pas pour ça que je t'ai laissée un peu de côté pendant tout ce temps! Et puis, je suis pas vraiment fâchée, je te rassure.
Je sais pas si d'où tu es tu peux suivre tout ce qui m'arrive. Mais en fait, je m'en fous pas mal que tu le saches. Tout ce qui m'intéresse, c'est de croire que c'est le cas. Comme de croire que tu lis encore ce blog.
Bref, j'ai été pas mal occupée. Et je le suis encore. Mais ça n'empêche pas que je vienne te parler un peu.
Pour cette note, je ne dérogerai pas à mon habitude. Je vais y mettre une chanson qui me rappelle qui tu étais. Celle-ci, j'ai aucune idée de ce qu'elle raconte. Mais elle me rappelle un été passé avec ta soeur et ses enfants, tous entassés dans un 4 pièces. Paolo Conte passait en boucle. On était 7. Et on dansait souvent dessus. Quand j'y pense, on dirait un film hollywoodien. Pourtant c'était pas une super période pour tout le monde!
En fait, si je ne t'ai rien écrit, c'est tout simplement que je n'en ai pas ressenti le besoin ces dernières semaines. Vois-tu, depuis cette décision de lâcher l'agreg pour cette année (et donc depuis mon message d'excuse qui t'était destiné), j'ai pris le temps de souffler.
Mieux encore. J'ai l'impression de m'être remise à vivre. D'une manière générale, je me suis sentie soulagée.
Et donc, j'ai "un peu" culpabilisé dans les premiers temps. Parce que je croyais que j'étais soulagée de toi.
Heureusement, ma brave psy, qui, décidément, m'aide toujours autant à y voir plus clair, m'a fait voir les choses autrement. <br>J'aurais été en fait soulagée des obligations que je m'imposais, dont celle d'être à ta hauteur.
Bref, peu importe si elle a raison ou pas. N'empêche que depuis un mois, j'ai l'impression, comme je disais, de revivre.
Oh, tout n'est pas parfait, hein! Et hier, quand la frangine m'a appelé pour me dire qu'en fouillant dans un de tes vieux cartons que tu nous avais laissé avant de t'enfuir à la Réunion elle avait trouvé ce dossier "En cas de pépin" où tu donnais tes instructions... bah, ça m'a fait un peu bizarre. Surtout le "Bisous à tous"... Cet ultime bisou d'outre-tombe. Cet adieu que tu n'espérais pas qu'on trouve. Ce simple mot d'amour qui devait être le dernier.
Mais dans l'ensemble, ces dernières semaines ont en fait ressemblé à ces quelques premiers mois de "remontée" après ma dépression post-deuil paternel.
Je me sens libre! J'ai envie de faire plein de choses. De découvrir plein de choses. J'ai envie de rêver. J'ai mille emmerdes avec le notaire, les papiers de succession et les soucis (que j'ai cherché!) concernant l'achat de ce fameux appart. Mais justement, cet appart sonne comme un nouveau départ.
Je t'avoue que j'ai un peu peur de faire comme d'habitude et tout envoyer valser pour mieux tourner la page. J'ai été très tentée de faire ça. Et d'une certaine manière, c'est aussi ce que je fais.
Mais en même temps, comment avancer sans projet?
Alors, oui, je vis un peu plus vite ces derniers temps. Il se passe plein de choses. J'ai à peine le temps de dire ouf. J'ai envie de me (re?)mettre au sport. J'ai l'impression d'avoir une énergie folle. J'ai l'impression de pouvoir me lancer dans mille projets. J'ai enfin verni ces chaises. Je veux peindre ma deuxième équipe de Bloodbowl. Je veux aller courir. Je veux aller faire du vélo. Je veux aller réviser dans un parc au soleil et montrer que décidément, non, même avec toute l'exposition possible, je ne bronze pas! Je veux casser la cloison de la cuisine du futur appart, je veux repeindre les faïences, je veux installer une cuisine en kit. Quand je me réveille pas à cause des "petits soucis" administratifs, je me réveille en me disant que je devrais décorer ces pince à linges en bois si banales!
Je me sens un peu comme Lester Burnham d'American Beauty. Faudrait d'ailleurs que je le revoie un ptit coup, histoire de me redonner un coup de boost! (Ouais, je sais, il meurt à la fin, mais il est vachement stimulant ce film et toi aussi, tu l'avais trouvé bien).
Pfiou! Je me donne le vertige là!
Je sais pas combien de temps ça va durer. Et ça me fait un peu peur. J'ai pas l'habitude d'être aussi détendue, d'être aussi peu stressée par mes études (c'est tout juste si elles existent encore celles-là, même si je bosse tous les jours ou presque).
Un doute m'assaille alors que j'écris: j'espère que je ne suis pas en train de reproduire ton schéma infernal de fonctionnement! <br>Mais vu comme c'est tout lié à mes envies, je crois que non. Et soyons clair: tu ne t'ai certainement jamais réveillée un matin avec l'idée de peindre tes pince à linges!
Bon, allez, je vais cloturer avec la deuxième chanson de Paolo Conte qui me fait penser à cette période. La petite cousine qui avait sans doute qu'un an et demi dansait là dessus. Elle a 16 ans maintenant...
19:18 Publié dans Parenthèse à la Zouette | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : zouette
06.04.2008
Je m'excuse
Je m'excuse de ne pas être plus comme toi. De ne pas réussir à vivre comme toi tu vivais. Je sais que tu aurais voulu que j'y aille, que je me mette des coups de pied au cul.
Mais la vérité c'est que je ne peux tout simplement pas. Je m'en veux beaucoup, tu sais, de pas être à ta hauteur. Et c'est un euphémisme!
Et la vérité c'est que je ne suis pas toi.
Pourquoi est-ce qu'il faut que je perde un parent pour comprendre qui je suis? Pourquoi dois-je passer forcément par cette douleur immense pour grandir?
Pourquoi les autres ont le droit d'apprendre à se connaître par la manière douce et pas moi?
Oh, je sais, y'a pire que mon malheur. Y'a la guerre, la faim dans le monde, le viol, le cancer...
Ma douleur à moi, c'est toi. En tous cas en ce moment.
Et ça me fait du bien d'enfin prendre le temps de digérer la nouvelle. Je me sens bien dans ma tristesse.
T'aurais pas aimé ça toi. Toi, tu te cassais la gueule mais tu te relevais tout de suite. Tu lâchais le train en marche mais tu le rattrapais aussitôt. J'en arrive à me demander si tu avais raison; c'est un truc qui ne m'avait jamais traversé l'esprit, que tu puisses te planter là-dessus.
Tu t'en sortais si bien. Tu semblais tellement heureuse à vivre comme ça. On voulait tous faire comme toi. Les autres feront ce qu'ils veulent, c'est pas mon chemin.
J'en peux plus, maman! Je tiens plus! Je suis pas loin d'y arriver pourtant. Quoi? Une semaine et c'est fait? Quatre petites journées à tenir de plus?
Oui, mais il y aura toujours quelque chose après. Toujours une bonne raison de se dépasser encore. Toujours un autre but à atteindre à tout prix... et de manière brillante au passage.
L'agreg, c'est pas pour moi, pas cette année en tous cas; ça fait trop de choses. Je préfère penser à toi, préparer comme il faut le CAPES et me préserver un peu. Je ne veux pas vivre à cent à l'heure comme toi, je ne veux pas courir après vingt rêves à la fois et en oublier de vivre tout court, je ne veux pas "réussir" au détriment de ma santé, de mon bien-être, de ma vie. Je ne veux pas mourir à 45 ans.
Oh, tu as bon dos. Peut-être que je me plante sur toute la ligne. Peut-être que je donne trop d'importance à ton influence sur mes choix. Enfin, l'influence d'une mère sur ses enfants, c'est pas inédit comme concept en même temps. Mais peut-être que cette pression qui me pèse tant, je me la suis mise toute seule mais comme t'es pas là pour te défendre, c'est bien facile de te faire porter le chapeau.
Tu vois, en ce moment, je suis en train de réaliser que c'est bien à moi que tout ça est arrivé; que c'est bien toi que je ne reverrai plus jamais et que c'est bien toi qui était dans le cercueil qu'on ne pouvait plus ouvrir pour te voir une dernière fois. Et j'ai pas envie de me prendre la tête avec des trucs futiles.
Ouais, l'agreg, c'est pas le plus important aujourd'hui. Le plus important c'est d'être bien, non? Justement, pour l'être, j'ai besoin d'être avec toi, là.
Tant pis pour les qu'en-dira-t-ons... Je crois bien que je n'irai pas.
19:12 Publié dans Parenthèse à la Zouette | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : zouette
26.03.2008
Quand j'ai appris
J'ai décidé qu'à chacune des notes que j'écrirai pour toi, je mettrai un peu de musique. Aujourd'hui, ça sera du Peter Gabriel.
Marrant comme tu as orienté mes goûts musicaux.
Et puis Peter Gabriel, on est allé le voir en concert ensemble. Je me souviens pas si il avait joué Sky Blue. Y'a de bonnes chances, elle n'était pas sortie depuis longtemps cette chanson.
Ma vie est de nouveau bouleversée. Je commençais tout juste à m'ajuster à cette situation improbable: un père mort, une mère à 11 000km. Et puis, tu as déjà rejoint papa.
J'ai envie de hurler C'EST PAS JUSTE!
J'étais à ce fichu stage quand j'ai reçu le coup de fil. Un lundi matin. Deux semaines avant Noël. Il devait être 10h15, 10h20; on rentrait de "récré". Le téléphone qui vibrait en pleine classe, alors que les 4ème apprenaient qu'ils allaient devoir "jouer" une petite pièce en anglais pour la semaine suivante. Le téléphone vibrait. Ton autre fille venait d'appeler celui que tu croyais si peu acceptable pour moi. Il a essayé de me joindre et m'a laissé un message "bah j'ai caro qui vient de me tel et 1 truc super grave est arrivé. Vaudrait mieux que tu rentres. Ou alors je viens te chercher."
J'ai pas encore réussi à l'effacer ce texto...
Alors je suis sortie en catastrophe de la classe, en passant devant la prof, en m'excusant, urgence familiale, et dans le couloir, tout en marchant à grands pas pour rejoindre ma voiture; je l'ai appelé: "ne me dis rien, je rentre, tu me diras une fois à la maison".
Pendant les 10min de route, tout, absolument TOUT m'est passé dans la tête, sauf ça. J'ai imaginé un accident de la route, j'ai imaginé un grand-parent à l'hopital. Ma soeur. Une tante. Un cousin. Je tremblais. Je me disais: "tu es en train de vivre un truc que t'oublieras jamais, et tu ne sais pas ce que c'est".
Je savais pas, mais je sentais que c'était "super grave" à ce point.
Je me revois dans l'ascenseur, à prendre ma respiration, à essayer de me calmer.Je suis entrée. Il m'attendait dans le salon. Et là, ce mec que tu connaissais si mal et qui te semblait si peu attaché à moi, qui soit-disant me rendait si malheureuse, ce mec a du annoncer à ta fille qu'elle n'avait plus de mère.
"C'est qui?"
"Ta maman."
"Qu'est-ce qui est arrivé? Elle a eu un accident?"
"Elle est morte."
J'étais orpheline. 15min avant, j'étais une étudiante qui se préparait à être prof d'anglais.
Je me suis, évidemment, effondrée. J'ai hurlé, véritablement hurlé. Hurlé à ne plus pouvoir hurler. Hurlé jusqu'à ne plus avoir assez d'air pour le faire. J'aurais voulu avoir des poumons dix fois plus grand pour hurler à la hauteur de ce que je vivais!
Maman, ça a fait si mal!
J'y croyais pas. J'ai toujours du mal à y croire. Mais à ce moment-là, ça pouvait pas être à moi que ça arrivait. C'était une horreur qui arrivait à quelqu'un d'autre. Je pleurais dans ses bras. Et je me voyais pleurer dans ses bras. Je ressentais la douleur d'une autre. Ce malheur était bien là, mais il n'était pas réel.
Je voudrais le rendre réel. Alors je t'écris.
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19.03.2008
Premières Paroles
Voilà, j'ai un peu de temps ces jours-ci, donc je vais parler un peu de toi. Ma façon de te laisser vivre encore un peu. Ma façon de dire que je t'oublierai pas. Ma façon de laisser ta trace dans ce monde que tu as quitté.
Et toute ta vie peut se jouer en musique, alors chacune de ces notes aura une chanson.
On arrive à la fin mars; ça fait près de trois mois et demi que tu es partie. Un beau matin. Un matin de tous les jours. Encore un matin où tu avais mille choses à faire, mille projets.
J'ai toujours eu du mal à comprendre comment tu pouvais vivre aussi vite. Et je crois que tu avais du mal à comprendre comment je pouvais vivre aussi lentement. La vérité c'est que ton exemple me laissait croire que c'est ce que je voulais aussi. Il m'a fait croire que j'échouais, que je ne savais pas vivre. J'ai essayé de vivre comme toi. Je ne peux pas. J'ai besoin de vivre tranquille, sans "courir" dans tous les sens et m'en plaindre après comme toi.
Ah, pour râler, tu râlais! Parfois ces coups de fil où tu expliquais combien tout allait mal me saoulaient un peu... Si c'est tant la galère sur ton bout de rocher au milieu de l'Océan Indien, reviens goûter à la galère de métropole!
Mais tu rentreras jamais. Ou plutôt, t'es rentrée, mais on t'a pas vraiment vue faire. On a juste vu une boîte en bois. Et ton dernier voyage en avion ne t'a pas assez réussi pour qu'on puisse se rendre compte que c'était bien toi dedans. Difficile de comprendre que maintenant, tu es tout près, dans la terre froide de Corma.
Alors voilà, ça fait trois mois et demi que j'ai appris la nouvelle. Mais ça fait neuf mois que je ne t'ai pas vu. Ces trois mois et demi, ils ressemblent drôlement aux cinq mois et demi précédents. Sans tes coups de fil. Difficile de comprendre que maintenant, tu n'appelleras plus. Difficile de comprendre que maintenant, alors que j'écris ces lignes, tu n'es pas sur ton île paradisiaque.
Je la hais cette île. Je l'aimais déjà pas beaucoup, maintenant je la hais.
Je sais que je n'ai probablement jamais été aussi enthousiaste que tu aurais voulu en découvrant ses paysages. Mais maman, cette île Bourbon, elle m'avait enlevé ma mère! Et puis, en toute objectivité, oui, c'est magnifique, mais on n'est pas obligé de s'extasier toutes les trente secondes devant un champ de cannes ou d'ananas... Est-ce que tu t'extasiais devant nos champs de maïs et de patates?
Mais si on n'était pas comme tu voulais, comme tu croyais qu'on serait heureux... Si on n'était pas content de faire, de voir, de comprendre ce que tu faisais, voyais, comprenais, on ne pouvait pas être heureux d'après toi. C'est quelque chose qui me pèse; tu t'étais fermé ces dernières années.
Alors que pendant quelques temps, tu avais été la personne la plus ouverte que je connaisse. Et puis quand tu as eu trouvé ton idée du bonheur, les autres se devaient d'avoir la même. On n'avait pas le droit de penser différent. Je sais que tu n'es plus là pour répondre. Et tu me soutiendrais probablement le contraire. Mais c'est quelque chose que je ressentais très fort. Quelque chose qui était à l'origine de notre incompréhension mutuelle et qui a fait que je te parlais moins. Et que j'ai pas eu le temps de te dire comme je suis heureuse.
Mais ça, ce sera pour une autre fois. J'ai assez saoulé le monde aujourd'hui avec toi.
10:19 Publié dans Parenthèse à la Zouette | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
06.01.2008
Ouverture d'une nouvelle catégorie
Alors voilà, cette catégorie, elle est pour toi maman.
Je ne sais pas encore si j'arriverai à y écrire une note de plus que celle-ci. Je ne sais pas si mon blog restera un blog "préparation aux concours" et si je ne vais pas écrire plus qu'exclusivement pour toi. J'en sais rien. Pour l'instant, c'est juste l'ouverture d'une nouvelle catégorie.
Mais là, au moment où j'écris, j'ai envie de le faire. J'ai envie de te dire tout ce que j'ai pas eu le temps de te dire. Je serai probablement maladroite. Je vais avoir du mal à dépasser ma pudeur. Je risque de cacher certaines choses derrière certains mots. Mais je vais essayer de te dire tout ce que j'aimerais qu'aujourd'hui tu saches. Et, alors que tu lisais ce blog il y a encore un mois, ça sera le lecteur lambda à qui je m'adresse habituellement qui le lira pour toi.
Dans cette catégorie, ce sera à toi que je m'adresserai, et non à mon interlocuteur habituel.
Tiens, ça y est, je commence déjà. "Interlocuteur"! J'utilise des grands mots pour te dire des bricoles. Saleté d'études longues! ça fait parler comme un dictionnaire!
Alors je vais m'arrêter ici pour cette fois. Je vais simplement terminer sur une image que tu m'as envoyé. C'est celle qui est la plus cul-cul. Peut-être bien un photo-montage. Après, promis, je raconterai tes blagues de perroquet unijambiste pour compenser.
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